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Les betteraves se sucrent

Dernière mise à jour : 24 mai 2020

Par une belle journée de l’an 1600, Olivier de Serres, noble du Vivarais, expert en agronomie, fait cuire des « bette-raves. » Banal, direz-vous. Était-il amateur de compote ? La chronique est muette sur ce point mais rapporte qu’il constate que le jus obtenu est sucré. Il essaie d’en extraire le sucre mais échoue et ouvre un vaste domaine de recherches chimiques et technologiques visant à fabriquer du sucre sous toutes ses formes, pain, morceaux, poudre, semoule et cristal.

Chimistes et agronomes se mettent au travail. Il faut attendre 1747 pour qu’un Allemand, Sigismund Marggraf, réussisse l’extraction.

Un coup de fouet est donné en 1806 quand Napoléon 1er réplique au blocus des côtes françaises par les Anglais. Œil pour œil, blocus pour blocus. Comme il contrôle tous les ports depuis le Sud de la péninsule ibérique jusqu’à Dantzig en Prusse, il décrète le « Blocus Continental. » Les Anglais ne peuvent plus commercer avec l’Europe pour le plus grand bénéfice de la France. Cependant, le sucre de canne des Antilles reste à fond de cale et Napo craint de ne plus pouvoir sucrer le café du matin. Il dépêche alors bon nombre de chimistes pour parfaire les techniques d’extraction. Chaptal, bien connu des potaches qui bachotent dans les lycées portant son nom, est de la partie avec Quéruel et le naturaliste Dellesert. Ça marche, le petit Caporal est ravi. Le blocus continental prend fin en 1812 à cause du Tsar de Russie. Bagarreur, l’Empereur des Français enfourche son cheval et part à la conquête de la Russie.

Pendant ce temps les betteraves poussent et forment un paysage sans relief. Les maladies de la plante se développent. Les ravageurs ravagent : diptères, coléoptères, hémiptères, lépidoptères, myriapodes, nématodes s’en donnent à cœur-joie. L’ère des pesticides va bientôt sonner. Tous aux abris. De nos jours on fait subir à la plante des traitements chimiques lourds. En somme, une belle histoire qui finit mal mais la France est devenue le premier producteur mondial de sucre de betteraves. Après extraction, la pulpe à l’odeur nauséabonde est utilisée pour la nourriture animale.

Bonaparte serait étonné.Teigneux, il répondrait au Brexit en décrétant un nouveau blocus continental ! J’y pense, chaque matin, en sucrant mon café...


Jacques Bullot

Gazette no 3 Janvier-mars 2020








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